Cyclone Chido et blanchissement : état des récifs coralliens de Mayotte en 2025
Un premier bilan des impacts cumulés sur les récifs coralliens
Contexte et mise en place du suivi
Le cyclone Chido a frappé Mayotte le 14 décembre 2024, causant d’importants dégâts à terre et en mer. Face à cet événement exceptionnel, l’État français a exprimé le besoin d’établir un bilan précis des impacts, notamment sur les récifs coralliens. Un groupe de travail réunissant les représentants locaux de l’État (DEAL), les gestionnaires du milieu marins (PNMM), des associations et différents experts du milieu marin a été mis en place afin de valider une méthode d'évaluation de l’impact à court terme du cyclone sur les récifs coralliens.
Il a ainsi été décidé de mettre en œuvre lors du premier semestre 2025 un suivi MSA (Medium Scale Approach), initialement prévu tous les trois ans dans le cadre l’Observatoire des Récifs Coralliens (marché en cours entre le Parc Naturel marin de Mayotte et les bureaux d’études MAREX et Creocéan). Ce suivi présente l’avantage d’une bonne représentativité spatiale, couvrant les principaux types de récifs présents à Mayotte : récifs frangeants, récifs internes et récif barrière.
Il a ainsi permis d’évaluer spécifiquement l’impact du cyclone Chido sur les récifs coralliens, mais également l’impact cumulé du blanchissement de 2024 et du cyclone Chido.
Résultats du suivi : mortalité et pertes de recouvrement
Chido a entraîné une mortalité moyenne de 45% à l'échelle de Mayotte, variant selon l’exposition des sites et leur état préalable :
39 à 61 % de mortalité moyenne (12 à 14% de perte de recouvrement corallien) respectivement sur les récifs frangeants de Grande-Terre et des ilots,
88 % de mortalité moyenne (15 % de perte de recouvrement corallien) sur les récifs internes du Nord-Est de Mayotte, la majeure partie des colonies de ces récifs étant déjà mortes suite au blanchissement,
26 % de mortalité moyenne (11 % de perte de recouvrement corallien) sur le récif interne de la double barrière, habitat le moins impacté par le cyclone,
40 à 52 % de mortalité moyenne (20 % de perte de recouvrement corallien) respectivement sur les pentes externes et internes du récif barrière, avec des valeurs très contrastées selon l’exposition à la houle (jusqu’à 79 % de mortalité sur la pente externe de Petite-Terre).
Impacts comparés du blanchissement et du cyclone
Le blanchissement a globalement eu un impact plus fort sur le recouvrement corallien que Chido, notamment car de nombreux récifs étaient déjà fortement dégradés lors du passage du cyclone, limitant la perte additionnelle.
Malheureusement, certains secteurs initialement peu ou moyennement touchés par le blanchissement ont été durement frappés par Chido, notamment la pente externe du récif barrière de Pamandzi-Hajangoua-Bandrélé et du Nord-Ouest de l'île.
Les impacts cumulés révèlent ainsi des dégradations du peuplement corallien très importantes, avec une mortalité moyenne cumulée des deux événements de 66 % pour une perte de recouvrement corallien de 35 %. Les impacts varient selon les types de récifs.
Conséquences écologiques et risques associés
Cette étude met en évidence l’ampleur des dégâts subis par les récifs coralliens mahorais en 2024, avec des effets combinés du blanchissement et de Chido, qui ont fortement dégradé leur état.
Cette diminution globale et importante du recouvrement corallien sur l'ensemble du lagon de Mayotte est susceptible d'impacter à moyen terme les peuplements benthiques associés aux coraux durs (poissons, macro-invertébrés notamment). Une première conséquence est en effet la destruction physique de l’habitat de nombreuses espèces récifales.
En outre, cette destruction risque d'avoir des conséquences importantes en termes de protection du trait de côte contre les futurs phénomènes météorologiques extrêmes (cyclones, fortes houles notamment).
Perspectives de résilience et de gestion
Cependant, la disparition de colonies coralliennes (mortes suite au blanchissement ou cassées par le cyclone) a entrainé la libération de substrat, potentiellement favorable à la colonisation par de futurs coraux. Cette recolonisation dépendra en grande partie du maintien en bon état des récifs résistants, et du contrôle des pressions anthropiques qui s’exercent actuellement sur ces récifs.
Le Parc Naturel Marin et les experts associés dans le groupe de travail dédié poursuivent leurs évaluations d’impacts, avec la prochaine mise en œuvre d’un suivi des impacts sur les communautés de poissons, ainsi que les réflexions sur les actions de réduction de pressions ou de restauration d’écosystèmes les plus pertinentes.